AVANT PROPOS :

Ce chapitre nécessiterait à lui seul, un livre entier, j'ai donc essayé d'être le plus synthétique possible.

A l'époque où j'ai appris les rudiments de la photographie, il n'existait aucun automatisme, on pouvait s'aider d'une cellule à main pour déterminer les paramètres d'exposition. Au mieux, la cellule du Leica M3 (optionnelle) se fixait sur le boitier pour commander la molette de changement de vitesse. Plus tard, ce mode dit semi-auto a été intégrée dans la quasi totalité des appareils.

 

La plupart des photographes qui n'ont pas connu l'ère argentique et les automatismes rudimentaires pensent qu'une technologie sophistiquée et performante est capable de pallier leur "incompétence", ce n'est malheureusement pas comme ça que ça marche. A cette époque, les photographes étaient capables de réaliser des clichés dans des conditions difficiles de lumières ou d'actions extrêmement rapides sans aucune béquille technologique. Les publicitaires tentent de vous faire croire le contraire, mais c'est faux! 

 

 

1) STABILISER SON APN

On trouve un peu partout des descriptions de la bonne et la mauvaise façon de tenir un APN.

En résumé : la bonne façon consiste à tenir les coudes au corps, le boitier ou l'objectif posé sur la main gauche (paume vers le haut) et les doigts de la main droite restent libres pour déclencher ou modifier les réglages.

 

                                                                                                                                        OUI (2coudes collés)

NON  (coudes sans appuis)                             OUI (1 coude collé)                             Mais NON  main gauche

La main gauche doit être sous l'appareil ou sous l'objectif selon le centre de gravité de l'ensemble.

 

Les tireurs à l'arc ou au fusil utilisent quelques astuces :

- Le tireur effectue un mouvement unique, toujours dans la même direction, et ralenti progressivement lorsque la cible approche de la mire, pour s'arrêter sans secousse. Un photographe a tout intérêt à approcher son cadrage d'une façon similaire.

- Arrêt de la respiration juste avant de tirer ou décocher (déclencher pour un photographe). L'apnée doit être de courte durée.

- Un choix de position stable par le placement des pieds, genoux qui la verrouillent etc...

- Des appuis supplémentaires, sur un point fixe, d'une partie du corps. Selon le cas, ça peut être la tête, le buste, un coude, un genoux etc...

 

UNE AUTRE FAÇON DE STABILISER SON APN ici au paragraphe 2.

 

Quelque soit le niveau de stabilité atteint par vos propres moyens, il y a de grandes chances que l'utilisation de la stabilisation optique ou par le capteur, voire les 2 à la fois, améliore encore vos performances.

Il n'y a donc aucune raison de se contenter seulement de la performance d'une technologie.

 

 

 

 

D'autres façons de tenir un APN :

1) Placez-le contre le ventre, à peu près au niveau du nombril. C'est l'endroit le plus stable de votre corps.  Si l'écran est inclinable horizontalement, il est très facile de cadrer , sinon on peut essayer au juger (dans ce cas un objectif grand angle est préférable).

2) Au ras du sol. Bloquer la sangle avec le poignet.

3) L'appareil au dessus de la tête (ici l'appareil est retourné).

 

 

 

 

2) L'AF LE PLUS RAPIDE DU MONDE :

L'ANTICIPATION, QU'EST-CE QUE C'EST?

Un des problèmes le plus contrariant pour un photographe est son temps de réaction qui, cumulé avec le temps de réactivité de l'APN peut, à première vue, interdire de réaliser des clichés lors d'actions très rapides.

 

Voici 2 exemples d'apprentissage d'activité psycho-physique simple :

Exemple 1 : Si vous lancez un ballon qui rebondi sur le sol à un tout jeune enfant pour qu'il l'attrape.

Vous observerez qu'au début, il regarde en bas quand le ballon est en haut et inversement. Il a donc beaucoup de difficulté à l'attrapper. Après un certain nombre d'essais, il finira par suivre le ballon des yeux et l'attraper.

Que s'est-il passé? A force de répétition, son cerveau a appris le comportement du ballon (cet apprentissage se fait sans effort de mémoire ni analyse).

Exemple 2 : Un footballeur doit se diriger au plus vite vers un ballon qui roule sur le terrain.

                   Trajectoire du débutant                                                Trajectoire du joueur expérimenté

Le débutant court en permanence vers le ballon qui se déplace en même temps que lui, sa trajectoire sera donc une courbe beaucoup plus longue que celle du joueur expérimenté qui sait évaluer la vitesse du ballon, celle de sa course, et choisira la direction la plus courte (une droite) pour aller l'intercepter.

 

Ces exemples montrent que même si nos capacités physiques sont insuffisantes, il est possible d'arriver à nos fins, parce que la connaissance des évènements nous permet de les anticiper, d'économiser ses efforts et aussi un temps précieux.

 

 

LES MÉTHODES :

Méthode 1 : L'hyperfocale et les repères de PdC peuvent aider comme je l'ai suggéré ici, pour les débutants.

Méthode 2 : La connaissance du "sujet" photographié et de son terrain d'évolution permettent de réaliser les meilleurs clichés très efficacement.

Par exemple, quand c'est possible :

- En sport mécanique, avant la course, on fait une reconnaissance du circuit, et on cherche un point de vue donnant sur une sortie de virage, parce que c'est là que le véhicule est le moins rapide et que les choses peuvent être spectaculaires. Ou bien, sur un terrain de cross, un peu après une butte, parce que la moto arrivée au sommet de son saut est aussi à sa vitesse la plus lente. A noter que la quasi totalité des véhicules ont des trajectoires très similaires...

- En chasse, il faut apprendre à connaître le comportement des animaux (l'endroit où ils se ravitaillent, leurs déplacements, leurs trajectoires de vol etc.). Si vous voyagez en régions peu connues, renseignez-vous auprès de la population locale, voire des professionnels.

- En sport d'opposition ou individuel, si vous êtes vous-même bon pratiquant, il est probable que vous puissiez anticiper l'action d'un joueur, viser à l'endroit prévu.

- Pour la danse (au spectacle ou en répétition) apprenez la chorégraphie par cœur et prenez des notes comme le font les éclairagistes d'un théatre etc...

Alors dans tous les cas, la MaP est faite longtemps avant l'action que vous voulez immortaliser, il faut être juste patient et déclencher au bon moment.

Note 1 : tous les objets denses lancés en l'air ont une trajectoire et des vitesses identiques sur cette trajectoire. C'est une loi de la physique, qui ne s'applique pas aux objets peu denses comme un ballon (en particulier un ballon de baudruche).

Note 2 : Même si vous utilisez un objectif autofocus, et que vous éteignez l'APN, il existe une option qui conserve la dernière MaP (l'autre option met l'AF sur l'infini au redémarrage).

 

Ne jouez pas à la loterie!

Rares sont les sujets qui ont des déplacements aléatoires. Même des enfants qui jouent, à force de les observer, un certain nombre d'indices vous permettent de prédire leurs actions. Des chercheurs ont réalisé des documents très explicites sur le sujet. J'ai pu le vérifier dans les cours d'école. Il faut beaucoup de temps et de patience, si on a pas pris quelques informations avant. C'est exactement la même chose pour le comportement des animaux, de nombreux livres spécialisés fournissent beaucoup de détails et des renseignements précis à leur sujet. Éventuellement, faites appel à des "spécialistes" locaux (chasseur, pêcheur, ornithologue, berger...) ces professionnels peuvent vous donner de précieuses informations et conseils.

 

Beaucoup de passionnés finissent par s'équiper d'un APN pour immortaliser des instants extraordinaires. Ils sont mieux armés que n'importe qui d'autre, parce qu'ils connaissent leur sujet, le terrain d'évolution etc... Pour le simple passionné de photographie, c'est une double passion qui peut naître.

 

 

 

3) DÉCLENCHER AU BON MOMENT :

Les 3 secrets : s'entraîner, s'entraîner et s'entraîner...

Voici quelques exercices que l'on peut rendre amusants.

 

Exercice 1 : (facile)

Demandez à des amis sportifs de sauter en l'air, et essayez de les prendre au moment ou ils sont arrivés au plus haut.

 

Exercice 2 : (plus difficile)

Demandez leur de sauter depuis une certaine hauteur (à leur portée, il vaut mieux éviter qu'ils se fassent mal) et essayer de les prendre au moment ou ils effleurent le sol (leurs jambes ne doivent pas être pliées et le talon ne doit pas toucher terre).

Autre solution : photographier des plongeurs au moment où ils entrent dans l'eau.

 

Exercice 3 : (très difficile)

Suivre un objet qui se déplace transversalement  (coureur, véhicule, animal...) et déclencher lorsqu'il est au plus près. En principe, à ce moment là, il est de profil. Le paysage est "filé" et le sujet "net" si vous avez pris la précaution de faire la MaP avant (à l'endroit où il doit passer) de cette façon, vous n'êtes préoccuper que par le suivi transversal.

Au commencement, pour vous aider, utilisez une grille. Vous pouvez "caler" un point de la grille sur un détail de l'objet et essayer de le maintenir, ça demande beaucoup de concentration. Lorsque vous n'avez plus besoin de ça, c'est gagné!

Lorsque le sujet se déplace horizontalement : (il vaut mieux commencer par ce type de trajectoire simple)

Il n'est pas interdit de profiter de la stabilisation (verticale uniquement pour ne pas contrarier l'effet de filé).

 

Exercice 4 : (l'horreur)

Suivre la MaP en continue d'un objet qui s'éloigne ou s'avance vers vous. De préférence, utilisez un objectif à MaP manuelle. Même les caméramans professionnels répètent l'exercice avant de faire vraiment la scène pour ne pas se rater.

 

Avec ces exercices vous apprenez à connaître des déplacements particuliers, mais en même temps votre matériel. Vous n'aurez plus à faire confiance qu'à vous même, et non aux performances supposées de votre matériel.

Quelle importance cela peut-il avoir? :

- Vous ne photographier plus au "petit bonheur la chance" vous maitrisez ce que vous faites et vous savez à l'avance si c'est possible ou pas (si c'est à votre portée).

- On peut éprouver des satisfactions aussi différentes que celles de deux alpinistes qui atteignent un sommet, l'un en hélicoptère, l'autre en premier de cordée (le randonneur devrait comprendre aussi de quoi il s'agit).